C’était l’été de mes vingt deux ans. Cela faisait déjà un bon moment que tous les homos de mon entourage ne parlaient plus que de ça. La Gay-Pride, la Gay-Pride, la Gay-Pride, la Gay-Pride. Ils essayaient tous de me convaincre de venir défiler pour la fierté Gay, mais moi, je n’avais vraiment pas envie. Il avait beau me raconter que c’était vraiment génial, que c’était la fête, qu’ils y avait plein de mecs mignons ; moi les seules images que j’en avais vu à la télé c’était une foule dandinante de follasses, de drag-queen ou de gros barbus en cuir. Bref, me méler à ces turpitudes, imaginer être frôlé, touché par cette foule ne m’enchantait pas du tout. Je n’avais aucune envie de participer à cette débauche, mélant sexe et slogans revendicatifs. Et puis en plus, je redoutais d’être vu ou même seulement aperçu par quelqu’un qui me connaisse, ou pire encore être filmé, le drâme total ! La pôv’ cosette quoi !
Et puis les beaux jours sont arrivés… Quelques temps auparavant, un copain m’avait présenté à un petit mec mignon comme tout, mais je ne savais pas comment le revoir ou s’il voulait me voir. J’ai donc saisi l’occasion quand mon pote m’a proposé de marcher après m’avoir précisé que le mec en question serait de la partie. Là, tout d’un coup mon intérêt pour cette manifestation s’en trouva largement grandi. Prétextant que seuls les couillons ne changent pas d’avis et qu’il fallait bien au moins quelques personnes normales (catégorie dans laquelle j’avais la prétention de me classer), dans ce défilé d’horreurs si on voulait que la communauté gay finisse par donner une image consensuelle au reste de la société, je décidais d’aller à la Gay Pride.
Le jour en question, il faisait super beau. Quelle chance ! Je pouvais porter mes lunettes de soleil (l’ustensile obligatoire pour passer inaperçu). Je me suis donc équipé, suis allé au RDV chez mon pote et zooo ! en métro pour la Gay-Pride. Plus on se rapprochait, plus les rames se remplissaient de tatas et de minets, plus l’ambiance devenait fébrile et plus on se sentait en famille… A la sortie du métro, je suis tombé sur le cul tellement il y avait de monde… Je n’en revenais pas ! La route était recouverte d’une foule compacte, le silence était occulté par les hauts parleurs diffusant à fond de la techno. Bref, j’ai été emballé. J’ai marché et dansé comme un fou. J’ai trouvé ça très sympa, même si de temps en temps je faisais gaffe aux caméras en pensant à la tête de mes parents s’ils me voyaient le soir aux infos. Après, je me suis laissé complètement prendre dans le jeu. Oubliés, les appareils photos, les caméras, les lunettes de soleil… Et puis, j’ai été ému, comme tout le monde, par les petites vieilles qui dansaient aux fenêtres en disant des trucs sympa pour nous (en mimant plutôt, parce qu’avec la musique à fond….)
Et puis, on est finalement arrivés au bout. Je n’avais pas vu le temps passer. J’avais aussi habilement jouer ma carte auprès du type en question (celui du début. C’est bon vous suivez ?). Lui aussi, était un novice de la Gay-Pride. A la fin de la marche, nous sortions ensemble (On est resté presque un an ensemble). Je garde un très très bon souvenir de cette journée de fête. Je me suis dit que mes préjugés avaient été vraiment stupides et quand j’y repense je me dit vraiment que les pédés qui n’y vont pas par principe n’ont vraiment rien compris.
par Lionel, pour OOups!.




