OOups!

On vous avait dit que OOups ! revenait avec de anciens articles… Oui mais, c’était sans compter un événement majeur… Alors on a repris la plume. (où vous voulez !).

Il y a une semaine, ELLE était là. LA star. Oui, notre égérie, la seule la vraie l’unique : LIZA.
Oui Liza Minelli était à Paris pour un concert unique. Avec un passage l’après-midi précédent à la gay-pride (ouais ouais ouais : « marche des fiertés homosexuelles, transexuelles, bisexuelles, trisexuelles, gang bangesques etc. » si tu veux…), ce que j’appris le lendemain seulement (puisque j’avais fuis ce grand raout communautaire) de la bouche d’un ami qui jappait, extatique, en me disant qu’il l’avait aperçue (bah, comme tout le monde, quoi !) avant de tomber en pâmoison pendant le discours de l’icône… J’en tirais alors profit en assénant l’arme fatale : « Oui, mais –han- moi j’avais deux places au 10ème rang pour son concert, tu vois, juste derrière Mimi Mathy, qu’on était… nananèreuh. »
Impossible de vous décrire ici correctement l’expression d’un fan, dont la bouche bée s’accompagne d’un regard assassin mâtiné de crispations annonçant la crise d’apoplexie ou le malaise vagal…
Sauf que pour que la comédie soit drôle, il faut que le héros soit pris à son propre piège, et à faire le malin, je me vis obligé de raconter la soirée par le menu et séance tenante.

Alors Liza, qu’est-ce que c’est ? Oui, j’aurais pu écrire « qui est-ce ? » mais en même temps, quand on parle d’un monument, on dit « quoi » et pas « qui ». Ce qui répond en partie à la question.

Nous partîmes deux et grâce à un prompt renfort nous nous vîmes 3700 en arrivant au palais des congrès. J’en profitais pour lancer un petit jeu qui nous ferait patienter en attendant que le concert commence : compter 1 point à chaque homo aperçu dans le public. Arrivé à la sortie du parking j’en étais déjà à 34 points…
Il faut dire que le public se répartissait assez équitablement entre deux catégories : hétérosexuels de plus de 60 ans et homosexuels trentenaires (voire plus). Autant dire qu’il a fallu redoubler de sagacité pour le comptage !  56, 57, 58… 65 !
Eh oui, car ce soir là c’était une deuxième gay pride dans la salle… Certains n’étaient pas venus avec les banderoles uniquement par courtoisie, pour ne pas gêner le public derrière, mais le cœur y était. L’accoutrement aussi. Un mec et son copain ont marqué 10 points chacun, tellement ils étaient out : pas de vestiaire, sortie du spectacle, sitôt au Dépôt !

La salle était devenue une belle terrasse ensoleillée du marais…
-    On se voit au Bearsden tout à l’heure ? Géniiiial !
-    Oh salut toi ! Eh ben ? Tu viens plus aux soirées fessées chez Dominique ?
356…357…358… pfouu dur le comptage !

Sans parler de l’icône française, Line Renaud qui était au premier rang à côté de Charles -j’habiteseulavecmaman – Aznavour, le mentor de Liza. Ca s’est d’ailleurs agité sec au carré or…

Relégué à des places de deuxième catégorie, le nouveau ministre de la culture a sans doute eu une petite érection au milieu de tout ce public, plus affriolant que les smoking du carré or et bien qu’assez peu pourvu en jeunes marocains si je m’en réfère au tome 1 de ses mémoires (dont je vous recommande la lecture pour réchauffer vos longues soirées d’hiver…). Venu avec un ami, Frédéric Mitterrand était donc installé sur le côté. Sous les applaudissements du public qui ont salué le grand Charles, le ministre s’est levé pour aller l’embrasser et c’est alors que les organisateurs se sont affolés en comprenant l’erreur protocolaire quasi-impardonnable d’un Mitterrand gouvernemental placé au milieu de la plèbe… Ils ont aussitôt trouvé deux places devant.
-    Coâ ? Mais c’est dégueulasse, moi j’ai pas eu de place !
-    Eh ben t’avais qu’à être l’ami de Fredo, point.
Un impair qui a fait sourire le parterre d’invités, mais dont les organisateurs se seraient bien passés…

Le concert ? Bah bien cool, génial…
- Te raconter ? Tu veux pas que je te le chante aussi, New York, New York ?

Evidemment, entrée sous les bravos de ses musiciens (certifiés d’origine d’après le nombre de déambulateurs…) et de son jeune pianiste, beau gosse avec une voix et un swing fantastique -attention tu baves !- et pour commencer standing ovation pour Liza, et rebelote deux fois en première partie tellement elle te transporte. Plein les mirettes et les esgourdes qu’elle nous en a mis, la miss.
Voilàààààààà. Autre chose ?

Bon, bien-sûr, survivante qu’elle est, d’une opération de la hanche de tout, la star plie moins bien le genou, cherche un peu son souffle, mais bon, le soleil continue d’illuminer la salle.

Sortie à l’entracte sous les bravos, les bis et les repetita. Sortie des déambulateurs. Pause pour tout le monde.
Au bar, ça drague. Au sous-sol du Palais des Congrès, aussi. Ça mate sec aux pissotières… Pour un peu on se serait cru dans les latrines de la Gare du Nord à la grande époque ! Pas le temps pour une petite pipe que ça tambourine à la porte, et il n’y a pas eu de coït uniquement parce que Liza attendait sur scène pour la seconde partie… Dommage, c’était assez open, hein les garçons ? Grand moment…

Retour sur scène. What Makes A Man A Man, la version de “Comme ils disent” d’Aznavour est interprétée dans un silence religieux, suivi d’une ovation pour l’interprète et l’auteur, acclamés debout. On passe tout le catalogue, Liza with a Z, Cabaret, et l’inévitable New-York qui nous en tire des larmes, tellement cette chanson de renommée mondiale que tout le monde a massacré une fois au moins en Karaoké –ne niez pas, on a la vidéo – nous est servie sur un plateau, juste pour nous personnellement, au milieu de ces 3700 autres qui pensent comme moi.

Liza alterne les chansons et les paroles, bien rodées, qu’on croit néanmoins improvisées pour nous en bonne comédienne qu’elle est. Tout cela est millimétré, tenu de bout en bout. Du professionnalisme à l’état pur.
Une parole pour chacun, sainte Liza réconforte, aime son public, « ses enfants » et « sa famille » comme elle dit (j’espère que la vraie famille a des tarifs préférentiels pour les places…).
Il faut dire qu’elle a reçu le témoin en héritage de sa maman, Judy Garland. C’est un peu comme la royauté, ça s’hérite ces machins là… En exclusivité, OOups ! s’est procuré l’extrait du testament :
« Ma chérie, en plus de toutes les babioles pré-citées, je te lègue la charge de la communauté homosexuelle mondiale. Ne soit pas effrayée par l’ampleur de la tâche, ce sont des gens charmants qui ont le bon goût de payer plusieurs centaines d’euros pour assister à des spectacles à condition que tu leurs dises que tu les aimes. Comme ils sont détestés de tout le monde, ils te croiront aveuglement ! En général, ils aiment les icônes qui sont seules et malheureuses, mais légères et pétulantes sur scène. Tu peux TOUT te permettre : dramatise à fond…  Le marché des îcones gay est en pleine expansion, mais méfie toi de tes rivales. Pour leurs prendre des parts de marché, il faudra durer… Je t’embrasse… Judy ».

C’est ainsi que Liza avait l’après-midi même harangué les foules à Paris, prenant place sur le char d’Equivox qui avait tenu le secret jusqu’au bout…
-    Peuh ! C’est un sosie !
-    Naaaaaaan, j’t’e dis que c’est LA VRAIE ! Les fausses, elles ont moins de maquillage !

Et la star, de se lancer dans une évocation historique depuis Stonewall, sur la lutte pour la reconnaissance : « Nous étions là en 1969, dans ce bar quand la police est entrée… »
Sur le trottoir, on se perdait en conjectures :
-    Ah oui ? Qui ça « nous » ? Liza ? Liza était dans le bar ?
-    Bah non, on enterrait sa mère ce jour là, j’espère qu’elle trainait pas dans les bars quand même !
-    Naaaaan mais c’est une licence poétique…
-    Ah ok. Ok…

Comme quoi c’est pas simple le job d’icône gay, il faut se le fader, le poids de la légende, du petit-déj au coucher… Mais on aime y croire à cette empathie, quand c’est si bien fait, si bien endossé, si bien servi. On s’en tartine comme un onguent, on s’en repaît comme d’une panacée… Que ce soit trop ou pas assez, qu’importe ! Liza était là…

par: Toinoo

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